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LOVAGE // Music to Make Love to Your Old Lady By (75 Ark Records).

& je dis: pourquoi pas? Pourquoi ne pas réécouter un album qui transpire le sexe susurré à l'oreille par Jennifer Charles & Mike Patton. Deux voix franchement attractives. C'est vrai. « Attractives » est même un mot bien faible pour décrire le velours moite qui se dandine hors les baffles lorsque je mets ce bon vieux Music to Make Love to Your Old Lady By. Un album qui fleure bon le glamour classe & maîtrisé, teinté d'un poil de dérision comme cette pochette qui imite celle de Gainsbourg (le deuxième album). Dan Nakamura dit Dan the Automator dit, pour l'occasion, Nathaniel Merriweather, producter hip-hop discret & efficace (Dr Octogon) qui se tape la fanfare quatre étoiles en faisant bosser sur le même projet la chanteuse d'Elysean Fields, Miky Pattounet (Faith No More, Tomahawk, Fantômas, Mr Bungle, The Dillinger Escape Plan, Peeping Tom & Lovage, donc) mais aussi CAR ce n'est pas tout: Prince Paul, Damon Albarn (qui a déjà travaillé avec Dan machinchouette sur le premier Gorillaz), Kid Koala qui envoie sa sauce façon Ninja Tunes & tout un tas d'autres trucs super cools qui font du bien & donnent envie de boire des cocktails compliqués. Les voix de Charles & Patton (il est aussi capable de ça: ça) s'entremêlent à la perfection: séduction, vices, sexe tropical sur fond de coucher de soleil hawaiien... érotisme électronique à chaque morceau comme ce trèsTrèsTRÈS sensuel Strangers on a Train... Brrrr! Ça se suit avec efficacité sans trop de chichi (le son Ninja Tunes c'est parfois trop de samples à la queue leu leu pour pas grand chose au final mais cette fois ci on a fait dans le sobre) là où d'autres projet similaires se sont ramassés les dents en avant (Sunlight On Her, Kiss Kiss ou même certains Zen CD), ça donne un excellent disque d'ambiance pour soirée branchouille genre: « Eh, c'est quoi ce son? C'est trop génial. Passe moi les cacahuettes japonaises qui piquent por favor ». Avec ça vous avez aussi trois quatre morceaux vraiment bien foutus, genre:

LEILA // Blood, Looms & Blooms (Warp).

Un morceau peut il être à la fois humide, voire franchement liquide, du genre instable, impalpable & inquiétant, puissant, tout à la fois? La réponse est ouiOuiOUI! Oubliez tout le couscous qu'on a pu faire au sujet du mystérieux Burial, que la presse stupide a déjà transformé en Pynchon electro, refusant interviews & photos (toutes les réponses sont dans mon disque), prince noir d'une musique noire pour des temps pas très clairs – oubliez tout ça! Le grand morceau sombre de ces dernières années est l'oeuvre d'un revenante. Le nom du morceau: Mettle (voir mp3). Le nom de la revenante: Leila; un joli nom qui veut dire « nuit » en arabe. Ça se tient. L'onomastique dévoile toujours des surprises. Elle est donc de retour la soeur de Roya Arab, chanteuse de Archive sur l'excellent Londinium découvert à moitié avachi sur les tapis persans du Shambala à Marseille à boire du thé blanc tibétain, de retour après la mort de ses parents, après le clavier de Björk, après deux très très bons albums (Like Weather & Courtesy of Choice). Les perles se suivent sur le troisième de façon surprenante, Carplos ou la pirouette d'un John Carpenter en jupon, Deflect avec Martina Topley Bird qui revient elle aussi avec un bon album, une reprise de Norwegian Wood complètement névrosée, jouée au ralentit par des types chantant comme des femmes, Mollie, le morceau d'ouverture, qui renoue avec le trip-hop, le son d'un Tricky présent dans les marges & qui pourtant ne sera pas parvenu à étouffer l'originalité, l'intelligence de Leila & puis y'a Mettle, ce foutu chant apocalyptique tout droit sorti des égouts de Londres direction la guerre totale, les trompette de la mort engluées quelques part entre Téhéran & Bristol. Des frissons partout. Un morceau énorme pour un album assez impressionnant. Les disques qui ne nous font pas regretter d'avoir sorti un billet de 20 sont de plus en plus rares. Ici, rien n'est à jeter. Comme quoi, ça valait le coup d'attendre un peu.

Leila - Mettle
Leila - Littles Acorns (avec Khemahl & Thaon Richardson)

BUGGE WESSELTOFT / Film Ing (Jazzland)

SOUND/ J'ai toujours aimé le jazz sans vraiment le connaître (de manière scientifique s'entend) pour des raisons sentimentales & affectives tandis que l'électro, à une période où je pensais avoir fait le tour de tout ce qui était écoutable dans le rock, fut une énorme terre vierge, une grande bouffée d'air, un continent à explorer. Il va s'en dire que ces deux styles musicaux s'accommodent depuis des lustres l'un de l'autre avec la plus grande application ou plutôt, & pour être précis car la précision a déserté ce monde sans foi ni lois rendons lui la place qu'elle mérite: l'électro s'est allègrement occupé de prendre au jazz ce dont elle avait besoin. Souvent pour le meilleur, il faut bien l'avouer. Les deux sont des musiques d'attente, de rythme, de contrecoups, de sursauts même si l'improvisation n'est pas aussi primordiale pour l'électro.
Bugge Wesseltoft, le label Jazzland sois même, a une nouvelle conception du jazz à proposer au patron du département "musique" de la Bruyantissime. Soit! Je suis un magna de la presse ouvert, curieux, charismatique! Je suis prêt à marquer de mon empreinte l'histoire du journalisme musical en parlant pour la première fois d'un nouveau mouvement qui fera date dans le monde du jazz, prêt à poser les premiers jalons d'une success story dont l'innovation est le cri de ralliement... même si le disque est sortit depuis quatre ans déjà. Qu'importe! Une nouvelle conception du jazz donc. Un jazz tellurique, minimaliste, empli de sonorités... électro. Avec des sons de la vie quotidienne dedans (chant d'oiseaux, bruit de circulation automobile, conversations...) & surtout avec Bugge au piano.
Alors, c'est pas que l'album soit mauvais, au contraire, c'est le genre de galette à écouter en solo du genre tapisserie sonore épaisse avec juste assez de groove pour ne pas complètement l'oublier. Ou non, mieux. Ça serait plutôt le genre d'album pour un de ces putains d' "apéritifs dînatoires" dont raffolent les nanas. Vous voyez où je veux en venir - elles adorent ça: recevoir. Faire des petits fours avec ce caviar d'aubergine à 14 euros le pot chez Résonances & puis c'est l'occasion de sortir les verres-de-la-mort-qui-tue achetés au Conran Shop lors d'un week-end à Paris. Ah mes loulous! Le jour où la province ne devra plus se contenter d'Habitat... BREF! Un disque pour ce genre d'occasion. Un son qui passe, montre que vous avez des goûts d'avant garde (jazz? électro? ambiant? mais quel est donc cette musique d'avant garde???) sans trop se mouiller, qui vous donne un petit côté intellectuel rive gauche même si la rive gauche du Vieux Port n'a, mais alors absolument rien à voir avec celle de la Seine, mais bon... on s'arrange avec son complexe d'infériorité provincial comme on peut. Au moins nous, on à la mer! diront les enfants de Mauvaise Foi. BREF! BREF! Film Ing, sans me décevoir, ne m'a tout de même pas apporté toute l'allégresse que j'avais espéré. Bugge ne fait pas tant de folies que ça avec un piano (le morceau intitulé Piano dont la pochette nous apprend que c'est un solo de Bugge n'est en fait qu'une sorte d'introduction mouligasse au morceau suivant El.), la batterie est quasi absente de la première partie de l'album (avec un beau come back sur le morceau Film Ing) & est remplacée par un paquet de boîtes à rythme plus ou moins heureuses (Hi Is?). Le saxo a parfois un vieux son ringard du style que Serra aurait pu utiliser pour la B.O. du Grand Bleu 2 (El. encore) ou d'une mauvaise inspiration du James Taylor Quartet (Oh Ye). Vous voulez que je vous dise, le meilleur ici c'est la contrebasse, seul instrument qui fait son boulot correctement, qui tient la barre du jazz formule: nouvelle conception à la Bugge Wesseltoft. Au final, un album un peu décevant, pas complètement nul mais qui m'a obligé à reconsidérer la question de l'alliage entre le jazz & l'électro.
Se faisant je suis tombé sur un vieux disque dont j'avais totalement oublié l'existence mais qui m'avait bien fait swinger de la guibolle à sa sortie: Fillet Of Soul d'Alexandre Tassel & Guillaume Naturel, le tout produit par DJ Cam. En le réécoutant, je me suis dit que c'était peut être ce que Wesseltoft avait essayé de faire sans vraiment y parvenir. Un album classe avec la trompette de Tassel qui sonne comme celle de Miles sur Kind Of Blue, des musiciens qui jouent en rang pour laisser au saxo de Naturel un espace libre d'impro. La production, tout en discrétion, de DJ Cam, enfonce le clou & fait de cet album un excellent compromis entre les deux univers si complémentaire de l'électro & du jazz. Avec une touche de soul... que les salariés de la Bruyantissime ont accueilli avec des hochements de têtes connaisseurs. Je n'embauche que des gens au goût sûr. & puis c'est tout!


VISION/ Tassel & Naturel "Drivin'":